Les fonctions exécutives désignent les processus psychologiques qui nous permettent de réaliser des actions. Le TDAH (avec ou sans hyperactivité/impulsivité) est souvent caractérisé par des difficultés liées aux fonctions exécutives, mais celles-ci sont courantes dans de nombreux troubles psychiatriques.
Pour faire une action, quelle qu’elle soit, on va avoir besoin d’utiliser plusieurs fonctions exécutives. Chaque personne peut avoir des difficultés sur certaines fonctions exécutives ou au contraire des facilités sur d’autres : dans cet article, l’objectif va être de mieux comprendre en quoi consistent les difficultés exécutives, et d’identifier quelles sont vos difficultés et vos facilités.
Comment se manifeste concrètement la dysfonction exécutive au quotidien ?
La définition peut paraître un peu floue, on va donc l’illustrer en prenant un exemple de la vie de tous les jours : aller sortir les poubelles.
Pour effectuer cette tâche, je vais avoir besoin de mobiliser mes fonctions exécutives, à chaque étape de l’action.

On va donc prendre l’exemple de l’action « sortir les poubelles » et lister chacune des étapes où les fonctions exécutives interviennent.
Étape 1 : avant l’action
Avant de commencer, je vais avoir besoin de plusieurs choses :
- M’apercevoir que les poubelles sont pleines / penser à les vider à l’avance si je pars de chez moi plusieurs jours
- Planifier un jour où je dois les sortir si je sais que le camion poubelle ne passe pas tous les jours
- Me préparer pour y aller : sortir le sac, mettre mes chaussures, prendre mes clés…
Étape 2 : commencer l’action
- Décider de le faire maintenant, ne pas remettre à plus tard
- Stopper l’activité que j’étais en train de faire pour aller vider les poubelles / ne pas me lançer dans une autre activité avant d’avoir fini
Étape 3 : pendant l’action
- Faire l’action jusqu’au bout, ne pas me laisser distraire par autre chose ou me décourager et laisser le sac devant la porte
D’autres difficultés peuvent aussi poser souci, à chaque étape de ma tâche :
Le manque de flexibilité :
- Si je suis en train de faire autre chose et que si je sors les poubelles, j’aurai du mal à me remettre à mon activité
- Si j’ai des routines rigides, par exemple : “je dois laver la poubelle avant de la jeter, mais j’ai du mal à laver la poubelle sans faire la totalité du ménage dans la cuisine, et j’ai la flemme de faire tout ça aujourd’hui, donc je ne peux pas jeter la poubelle”.
Les difficultés à réguler mes émotions :
- Je trouve cette tâche désagréable, contraignante, ça m’ennuie, je me sens frustré d’être obligé.e de le faire
- J’ai l’impression que ça va me prendre beaucoup de temps
L’impulsivité :
- J’ai tendance à me laisser distraire trop vite : par exemple, je m’apprête à sortir, je vois un livre que j’aimerais lire tout de suite et je décide de ne pas sortir
- J’abandonne immédiatement dès que j’ai quelque chose qui me décourage
Quels liens entre fonctions exécutives et TDAH ?
Comme nous avons pu le voir, les fonctions exécutives regroupent de nombreux processus autres que l’attention et la concentration, et il n’existe pas de définition stricte et exhaustive.
Plusieurs recherches ont mis en évidence des liens entre les dysfonctions exécutives et le TDAH [1][2]. D’autres recherches conçoivent le dysfonctionnement exécutif comme un symptôme du TDAH à part entière, notamment Barkley, qui propose un modèle explicatif des fonctions exécutives [3]
Modèle hybride des fonctions exécutives de Barkley (1997)

Il existe bien sûr d’autres conceptions théoriques du fonctionnement exécutif, comme le modèle de Diamond & Ling (2019) [4], ou celui utilisé dans les échelles de Brown. [5]
La dysfonction exécutive est également fréquente dans d’autres troubles, comme la dépression [6], le trouble de stress post-traumatique [7] ou les troubles du spectre autistique [8]. Il est donc important, même si vous soupçonnez ou que vous avez un diagnostic de TDAH, de ne pas attribuer systématiquement vos difficultés au TDAH, surtout si elles vous semblent inhabituelles ou que vous vous sentez en souffrance.
Les psychothérapies peuvent être utiles dans la gestion des difficultés exécutives, notamment les thérapies d’orientation TCC ou les programmes de remédiation cognitive. Le méthylphénidate (Ritaline et autres) peut également aider sur certaines difficultés dues au TDAH. L’ergothérapie peut également aider dans la gestion de la vie quotidienne, la mise en place de routine et l’organisation de vos espaces de vie et de travail.
Le choix de la prise en charge se fait surtout en fonction de vos besoins : un traitement médicamenteux peut aider certaines personnes, mais cela peut ne pas suffire si vous avez aussi besoin d’un suivi psychologique pour mieux gérer vos émotions, par exemple. Ces différentes prises en charge sont complémentaires, et la liste ci-dessus n’est pas exhaustive ! (Note : d’autres articles sont prévus sur les différentes prises en charge du TDAH).
Quelques astuces pour mieux gérer la dysfonction exécutive
Note : les astuces abordées ici seront plutôt adaptées à des tâches rapides et/ou ponctuelles, un autre article plus général est prévu sur la gestion de la procrastination.
Astuce n°1 : définir ses difficultés
Comme nous avons pu le voir dans l’exemple plus haut, les difficultés peuvent être très variées et concerner différentes étapes des tâches qui nous posent problème.
On peut donc se retrouver avec des blocages qui nous paraissent incompréhensibles et qu’on a du mal à résoudre :
- Le “waiting mode” : c’est l’état dans lequel on se trouve lorsqu’on a planifié quelque chose et que l’on n’arrive pas à faire d’autres choses en attendant que cette tâche soit faite (exemple : je n’ai rien réussi à faire aujourd’hui parce que j’avais un rendez-vous médical à 17h, donc j’ai juste attendu 17h)
- Les tâches dont l’accomplissement dépend d’autres tâches à faire, qui dépendent elles-mêmes d’autres tâches à faire (ou encore mieux : qui dépendent de choses qu’on ne peut pas contrôler nous-mêmes !) par exemple : je n’arrive pas à sortir ma poubelle si je ne fais pas le ménage avant, mais avant de faire ménage il faut d’abord que je fasse la lessive parce que l’étendoir prend trop de place, mais il faudrait que j’attende demain parce qu’aujourd’hui il pleut et que le linge ne sèchera pas assez vite…
Ces difficultés sont difficiles à expliquer aux autres, qui ne vont pas forcément comprendre quel est le lien intrinsèque entre le fait d’étendre le linge le matin et le fait d’aller chez le médecin le soir, mais il est aussi difficile de se les expliquer soi-même car elles peuvent sembler abstraites.
Une première étape quand on se sent bloqué peut être d’abord d’écrire le cheminement de tâches en précisant pourquoi chacune vous pose problème, à l’image de l’exemple donné plus haut pour le fait de sortir les poubelles, même si ce que vous écrivez vous semble ridicule ou que vous vous sentez coupable d’avoir besoin d’écrire des choses qui vous paraissent simples. Si vous avez du mal à l’écrire, vous pouvez faire cet exercice en vous le disant à l’oral.
Astuce n°2 : gérer le temps
Rendre plus concrète la notion du temps peut aider, notamment pour le waiting mode. L’idée est de “délimiter” sa journée, sans pour autant programmer des tâches trop proches de celles qui vous bloquent : on peut commencer, par exemple, par prévoir une tranche horaire le matin si l’on a un rendez-vous dans l’après-midi par exemple.
Pour rendre cela plus facile, vous pouvez utiliser un chronomètre, ou choisir une tâche dont vous connaissez à peu près la durée, et bloquer 20 minutes à 10h du matin pour faire la vaisselle, qui est donc suffisamment éloignée de votre rendez-vous de 17h. Au fur et à mesure, vous pouvez vous constituer une liste de tâches et avoir une idée précise du temps nécessaire pour pouvoir vous organiser sereinement.
Délimiter le temps peut aussi aider pour déclencher une action, en mettant en place des règles comme la règle des 10 minutes (que vous pouvez adapter selon ce qui vous aide le mieux). Le but est d’éviter de commencer à réfléchir à si vous allez ou non le faire, et de faciliter la prise de décision en vous disant : si la tâche est faisable en 10 minutes ou moins, je la fais tout de suite.
Astuce n°3 : faciliter les décisions
Cette astuce s’applique notamment avec la règle des 10 minutes, mais vous pouvez aussi mettre en place d’autres “règles” générales pour éviter de trop réfléchir. Cela peut être par exemple :
- Décider de tâches qui seront toujours prioritaires sur les autres : si une tâche en particulier vous fait sentir bien et satisfait.e, ou qu’elle est vraiment très utile, il peut être pertinent de la prioriser.
- Vous créer des règles de prise de décision si vous avez beaucoup de tâches à faire et que vous sentez que vous n’arrivez pas à vous débloquer. Un exemple sera plus parlant :

Dans cet exemple, je pourrais par exemple me décider à faire en premier mon lit, parce que c’est une des tâches les plus rapides et qu’elle me déplaît moins que le reste. En la faisant en premier, il sera plus facile de me lancer et de me sentir motivé pour le reste !
On peut aussi prendre en compte d’autres choses : par exemple, si vous pouvez demander de l’aide et que cela vous facilite grandement la tâche, vous pouvez le prendre en compte et y dédier un moment précis (quand la ou les personnes seront disponibles pour vous aider).
L’objectif est de trouver comment « mettre la machine en route » : certaines personnes préfèreront faire d’abord toutes les tâches rapides pour se sentir efficace, d’autres cibleront d’abord les tâches les plus urgentes pour ne pas ressentir de stress tout au long de leur journée.
Vous pouvez aussi cibler certains moments de la journée où vous avez davantage de facilités : par exemple, si vous vous sentez plus motivé.e le matin, vous pouvez décider de faire les tâches les plus longues ou les plus difficiles à ce moment-là.
Le but ici n’est pas forcément d’appliquer les règles de façon stricte, mais d’avoir des éléments de décision pour choisir.
Astuce n°4 : s’aider à se mettre en action
Globalement, l’objectif va être de limiter au maximum les “obstacles ». Pour cela, vous pouvez vous observer et réfléchir à chaque chose qui représente un obstacle pour vous au moment de faire une tâche, puis trouver des choses qui peuvent vous aider.
- Mettre au même endroit les objets dont vous allez avoir besoin : par exemple, si vous devez sortir, commencer par placer vos chaussures, vos clés, votre sac près de la porte, pour vous sentir prêt.e à sortir et éviter de devoir les chercher au dernier moment
- Regarder à l’avance certaines informations pour éviter de devoir y réfléchir au moment de faire la tâche : noter sur un post-it le numéro de téléphone que vous devrez appeler, regarder sur internet si ce vêtement que vous devez laver passe bien à la machine…
- Préparer le lieu : ranger la vaisselle propre qui se trouve sur l’égouttoir avant de commencer à laver la vaisselle sale, ranger un peu votre bureau avant de vous y installer pour faire quelque chose…
Pour les tâches qui dépendent d’autres tâches, il peut être difficile de carrément supprimer certaines routines. À la place, vous pouvez essayer de trouver une forme de compromis, et remplacer ces routines par d’autres qui remplissent la même fonction, mais qui sont moins coûteuses en temps et en énergie.
Reprenons un des exemples cités plus haut : le fait de se sentir obligé de faire le ménage dans la cuisine lorsqu’on vide la poubelle. Plutôt que de se forcer à ne pas faire le ménage du tout (ce qui peut rendre la tâche encore plus désagréable), on peut décider de faire une partie du ménage uniquement, de façon à avoir moins de tâches à faire, mais d’avoir quand même le ressenti que la cuisine est propre. Plutôt que de faire le ménage de fond en comble dans la cuisine à chaque fois que l’on vide la poubelle, on peut décider par exemple de seulement nettoyer le plan de travail, mettre la vaisselle sale dans l’évier, nettoyer les plaques de cuisson…
Astuce n°5 : décider de ne pas faire certaines tâches
Ce conseil peut sembler absurde après tout un article qui traite de comment faire des tâches, mais c’est une question qui peut être utile à se poser si on se sent particulièrement bloqué sur une tâche, et d’autant plus si ce blocage vous empêche de commencer d’autres tâches, que cela vous angoisse, vous fait sentir coupable, etc. Dans cet article, j’ai décrit différentes manières de prioriser, définir les tâches à faire, les découper en étapes, dans le but de simplifier les choses.
Mais quand on veut s’organiser, on se retrouve parfois à faire des listes trop longues, des plannings surchargés… ce qui complique les choses au lieu de les simplifier !
Par exemple, si vous avez inscrit “nettoyer mes vitres” ou “repeindre ma porte” sur votre liste en vous disant “ce serait bien que je le fasse”, mais que vous vous rendez compte que vous procrastinez depuis très longtemps, ou bien que vous y pensez tellement que vous n’arrivez pas à vous mettre à d’autres tâches plus importantes, il peut être intéressant de l’enlever de votre liste.
Pensez à vous écouter
Prendre la décision, consciemment et volontairement, de remettre une tâche à plus tard en l’enlevant de vos to-do lists, éventuellement en la reprogrammant pour plus tard, peut aider à vraiment vous y remettre de façon plus sereine et à mobiliser de nouveau votre motivation (ou à réellement abandonner certaines tâches si vous vous rendez compte qu’elles ne sont pas du tout utiles et qu’elles vous encombrent plus qu’autre chose).
Comme cela a été évoqué plus haut, la dysfonction exécutive peut être une conséquence d’autres troubles, d’un manque de repos, d’un environnement de travail inadapté à vos besoins… L’objectif est avant tout de gérer vos difficultés et de vous faciliter la vie, pas d’atteindre des standards de productivité parfaits !
8 Works Cited
1. Silverstein, M. J., Faraone, S. V., Leon, T. L., Biederman, J., Spencer, T. J., & Adler, L. A. (2020). The Relationship Between Executive Function Deficits and DSM -5-Defined ADHD Symptoms. Journal of Attention Disorders, 24(1), 41-51. https://doi.org/10.1177/1087054718804347 Open source
2. Isaac, V., Lopez, V., & Escobar, M. J. (2024). Arousal dysregulation and executive dysfunction in attention deficit hyperactivity disorder (ADHD). Frontiers in Psychiatry, 14. https://doi.org/10.3389/fpsyt.2023.1336040 Open source
3. Barkley, R. A. (1997). Behavioral inhibition, sustained attention, and executive functions: Constructing a unifying theory of ADHD.. Psychological Bulletin, 121(1), 65-94. https://doi.org/10.1037/0033-2909.121.1.65 Open source
4. Diamond, A. & Ling, D. S. (2019). Review of the Evidence on, and Fundamental Questions About, Efforts to Improve Executive Functions, Including Working Memory. In Cognitive and Working Memory Training (pp. 143-431). Oxford University PressNew York. Open source
5. Brown, T. (2000). Attention-Deficit Disorders and Comorbidities in Children, Adolescents, and Adults. American Psychiatric Publishing, Inc..
6. Rhee, T. G., Shim, S. R., Manning, K. J., Tennen, H. A., Kaster, T. S., d’Andrea, G., Forester, B. P., Nierenberg, A. A., McIntyre, R. S., & Steffens, D. C. (2024). Neuropsychological Assessments of Cognitive Impairment in Major Depressive Disorder: A Systematic Review and Meta-Analysis with Meta-Regression. Psychotherapy and Psychosomatics, 93(1), 8-23. https://doi.org/10.1159/000535665 Open source
7. P, V., G, R., F, F., G, F., SB, Z., S, C., C, C., A, V., M, B., A, C., E, S., M, S., MS, M., MT, B., M, C., M, C., & G, B. (2026). How Psychological Trauma Affects Cognitive Functions: A Systematic Review and Meta-Analysis.. Clinical neuropsychiatry, 23(2), 205-224. https://doi.org/10.36131/cnfioritieditore20260208 Open source
8. Pozo-Rodríguez, M., Cruz, S., Conde-Pumpido-Zubizarreta, S., Carracedo, A., Tubío-Fungueiriño, M., & Fernández-Prieto, M. (2026). A systematic review on the association between executive function and emotional regulation in autism, ADHD, and autism/ADHD. Neuroscience & Biobehavioral Reviews, 183, 106570. https://doi.org/10.1016/j.neubiorev.2026.106570 Open source
