Introduction
Les traumatismes psychiques sont des expériences relativement fréquentes dans la vie des gens. J’ai décidé de faire une petite série d’articles à ce sujet en faisant à chaque fois le lien entre les traumas et le TDAH.
Dans l’article d’aujourd’hui, nous allons commencer par définir ce qu’est un traumatisme, les liens avec le TDAH et les solutions existantes.
Le but étant que la lecture soit simple et agréable, je ne pourrais pas aborder en profondeur tous les sujets évoqués, pour des raisons évidentes de temps et d’énergie.
Définition
Un traumatisme psychique arrive lorsque le cerveau se retrouve submergé par une situation et a épuisé toutes les ressources pour y faire face et la comprendre : les souvenirs ne sont donc pas intégrés correctement et la détresse ressentie par la personne concernée est durable.
[1]70% des personnes vivront au moins un événement traumatique dans leur vie. Mais seulement 5 à 12% de la population générale développent un trouble de stress post-traumatique (Inserm, 2020).
Les traumatismes se manifestent de plusieurs manières : l’anxiété, les TCA (troubles de la conduite alimentaire), les phobie, les addictions, les troubles de la personnalité, les troubles sexuels, et le TSPT et TSPT-C (C pour complexe), pour n’en citer que quelques uns.
Le TSPT se manifeste par trois groupes de symptômes : l’évitement, les symptômes d’intrusion et l’hyperstimulation. Dans le TSPT-C, on retrouve la même chose mais quelques symptômes y sont plus prédominants : les troubles liés à la perception de l’identité, la dissociation, les comportements d’autodestruction et une mauvaise perception de soi et/ou des autres ou du monde extérieur.
Le premier trouble arrive plus fréquemment lors d’un événement traumatique unique, tandis que l’autre arrive plus fréquemment lors d’événements répétés ou prolongés, qui s’inscrivent dans la durée.
Petit résumé des symptômes (liste non exhaustive) :
- Évitements des lieux, des personnes, des souvenirs, des discussions, etc… concernant le(s) trauma(s)
- Cauchemars, flashbacks (une forme de crise d’angoisse où l’on revit une situation traumatique : on revoit les images et/ou on ressent les mêmes émotions, les mêmes sensations physiques, etc), pensées et souvenirs intrusifs à propos du trauma
- Hypervigilance (on a toujours un oeil ouvert), le sursaut facile, irritabilité, anxiété
- Dissociation : se sentir coupé du monde ou de soi ou de ses émotions ou de ses sensations ou un mélange de tout ça…, ou amnésies dissociatives donc ne pas se souvenir de son trauma ou seulement une partie
- Autodestruction : addictions, self harm, conflits relationnels, autopunition, agressivité parfois
- Troubles liés à l’identité : mauvaise estime de soi, se sentir coupé de son corps, méconnaissance de soi (ne pas savoir qui on est, ce qu’on aime, etc) ou multiplicité (TDI – trouble dissociatif de l’identité- notamment, mais pas que)
- Méfiance envers les autres, mauvaise vision du monde, pessimisme, etc
ET le Tdah dans tout ça ?
Les personnes neurodivergentes sont plus à même de vivre des événements traumatiques, en raison de leurs difficultés d’intégration sensorielle et cognitive mais aussi, et surtout, en raison des maltraitances et de la stigmatisation vécues en raison de leur handicap, bien avant que le diagnostic soit posé. Les personnes TDAH en font partie !
Le TDAH peut également causer une certaine impulsivité qui peut mettre les personnes concernées dans des situations dangereuses pour elles (comme par exemple conduire trop vite, faire confiance à des inconnu·es dans la rue, insulter une personne qu’il ne fallait pas, pratiquer le travail du sexe ou consommer/vendre des substances +/- licites).
En ce sens, lorsque deux troubles sont fréquemment retrouvés ensemble (ici TSPT/TSPT-C et TDAH), on appelle ça une comorbidité.
Le TDAH est aussi comorbide avec les troubles oppositionnels (TOP) et les troubles des conduites qui poussent donc les concerné·es à l’agressivité -y compris face à des personnes qui ne font pas leur poids, à une impulsivité encore plus marquée, à une diminution du sentiment de peur, ou à une tendance à se mettre très facilement en danger.
Mais aussi, le TDAH et le TSPT ont des symptômes communs, qui, mis ensemble, empirent le package final : troubles de l’attention, mauvaise régulation des émotions, fatigue, agitation notamment. Cela rend difficile la distinction entre les deux troubles et donc, l’accès au diagnostic. Vous n’êtes pas sans savoir qu’obtenir un diagnostic de TDAH est très compliqué, il l’est d’autant plus (+) lorsqu’on a des comorbidités ! [2]Ce qui est dommage, car le TDAH a très souvent des comorbidités (au moins 50% des cas) (Anker et al. 5), dont le TSPT/C.
Quelles solutions existent ?
Heureusement, il existe des solutions ! Nous allons en explorer quelques-unes !
Tout d’abord, il est essentiel de traiter à la fois le TDAH et les traumatismes. L’un impacte l’autre et interagissent en permanence ensemble : ils sont donc indissociables !
Traiter le TDAH est très pertinent (toujours!). En effet, avoir un traitement pour le TDAH diminue les risques liés aux addictions, à une conduite risquée ou autres conséquences liées à l’impulsivité ou à la recherche de sensations fortes, ou encore l’inattention (certaines substances augmentent la concentration), communes dans ce trouble. Il permet également une meilleure qualité de vie de manière plus globale, de meilleures relations sociales (donc moins de conflits et d’isolement) et une diminution de la fatigue, ce qui n’est jamais de refus. De fait, le risque de développer un trauma est diminué, et les symptômes causés par celui ou ceux déjà existant(s) sont plus gérables. Cela passe par la médication (à base de psychostimulants) mais aussi par une psychothérapie adaptée au TDAH.
Concernant le(s) trauma(s), il existe plusieurs pistes d’actions.
Tout d’abord, surtout lorsque le trouble est très impactant, il est possible (mais pas obligatoire!) d’obtenir un traitement médicamenteux pour diminuer les symptômes traumatiques. On utilise généralement des antidépresseurs (pour diminuer l’anxiété et améliorer l’humeur), certaines bêtabloquants comme le propranolol (qui a un effet sur le trauma spécifiquement et les cauchemars) mais aussi, des antiépileptiques ! Parfois, les anxiolytiques sont utilisés, mais ils ne sont pas recommandés dans le cas des TSPT au vu du risque addictif important. (Marazziti and al., 2023)[3]
Ensuite, si le trauma (ou le TDAH d’ailleurs) sont accompagnés d’autres troubles (les addictions typiquement, ou la dépression, ou les troubles anxieux pour les plus connus), il est essentiel de les intégrer à la prise en charge.
En première intention, pour les traumas, on utilise surtout la psychothérapie. Il existe plein de thérapies différentes ! Aucune n’est meilleure qu’une autre en soit, tout dépend de vos besoins spécifiques. On peut citer notamment les TCC, l’EMDR, l’ICV (intégration du cycle de vie) ou la thérapie des schémas. Le but de la thérapie est de vous aider à gérer les symptômes du trauma, à trouver des outils de gestion des flashback, de l’anxiété, et des cauchemars, et surtout, à intégrer correctement les souvenirs traumatiques. Une thérapie peut être assez courte lors d’un TSPT (1 an ou 2) mais pas toujours, et elle est relativement longue lors d’un TSPT-C (plusieurs années pour sûr), mais elle est généralement efficace.
Pour finir, il est essentiel d’aménager son environnement, autant pour le TDAH que pour le trauma. Notamment, il est important de s’entourer, que ce soit avec des ami·es, la famille si elle est présente, ou même simplement des communautés en ligne ou des groupes de parole. Il est également pertinent de créer un environnement sécurisant chez soi : des objets rassurants, des routines stables, du temps calme, des activités apaisantes…
Conclusion
Pour conclure cet article, on peut donc dire que les traumatismes sont des expériences courantes chez les humain·es, mais qu’une “petite” partie développe un TSPT/-C. Ce trouble les impacte durablement et représente un handicap et une fatigue importante à cause des nombreux symptômes associés. Il existe un lien entre le trauma et le TDAH, autant dans un sens (le TDAH amène à plus de risques d’être traumatisé·e) que dans l’autre (le trauma rend le TDAH plus difficile à gérer, à diagnostiquer et à traiter). Il est possible et essentiel de traiter les deux troubles de manière conjointe en liant traitements médicamenteux, psychothérapie et modifications de l’environnement.
En espérant que cet article puisse aider à comprendre le trauma et son lien avec le TDAH ! 🙂
A bientôt
- Inserm. (2020). Troubles du stress post-traumatique.
- Espen Anker, B. B. H. (2018). Comorbid psychiatric disorders in a clinical sample of adults with ADHD, and associations with education, work and social characteristics: a cross-sectional study..
- Marazziti D, C. C. C. G. C. I. M. L. M. F. A. A. V. M. P. S. D. I. G. D. L. (2023). Novel Pharmacological Targets of Post-Traumatic Stress Disorders..
